Le beau and so ?

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Le beau and so ?

Message par Henri le Dim 21 Oct - 17:10

Le beau
J'ai envie de vous parler de beauté. Là, on se dit tout de suite, pourquoi pas ? Le beau, ça me va.
Cependant c'est aussi à cause de mon esprit de diablotin et je me dis qu'on a là un sujet polémique qui peut mener à des discussions rigolotes, genre « de toute manière on ne peut pas définir le beau. Mais si on peut, quand ma belle-sœur est en cuisine, c'est beau ! Ah ouais ? Et qui me dit qu'elle est belle ta belle-sœur ? Etc. »
Alors pour me couvrir et qu'on ne puisse m'accuser d'être source de zizanie, c'est insidieusement en tant qu'amoureux de la sagesse que j'amorcerai cette conversation. Et même, pour être tout à fait blindé, j'avoue que les pistes de réflexion qui suivent sortent d'un magazine de philo.

On peut envisager ce sujet avec la rigueur d'un Kant. Pour lui, on dit que c'est beau quand l'objet nous a donné du plaisir.
L'affirmation aura d'autant plus de portée si on n'a aucun intérêt dans le fait que l'objet existe ou non. Par exemple, on pourra trouver un édifice beau, mais si c'est son architecte, les mains sur les hanches dans la position du travail accompli, qui le dit, eh bien ça a moins de valeur. On dira qu'il n'est pas objectif, malgré le fait que cette notion de plaisir ressenti soit subjective !
Ce désintérêt, cette liberté par rapport à l'objet lui-même permet de bien identifier ce qui est beau dans ce qui nous a donné du plaisir et de ne pas le confondre avec l'agréable ou le bon.

Il y a aussi le point de vue – impertinent, ça fait du bien – du philosophe contemporain, Pierre Cormary.
Ca démarre sur le fait si habituel que l'on ne fait que ça, discuter du beau ! Et même que c'est le dernier retranchement, dans notre société, où on peut encore être partial, inéquitable, intolérant ou insultant ! C'est là où on se retrouve, ou on s'aime et se déteste mais sans s'exclure. Grâce au jugement de goût, on peut être différent, singulier et cela en dehors de droits, de devoirs ou de concepts. C'est une pierre angulaire de l'humain, en somme.
Mais dans cet arbitraire, on est aligné devant le peloton de cette monstrueuse masse des Alexandre Jardin, des Marc Lévy et de ces gens qui ânonnent que Michael Jackson a plus de groove que Mozart, que Rodin est idiot d'avoir sculpté des bustes, parce que des corps sans têtes, ça n'existe pas... Or si vous tentez doucement de leur expliquer, vous vous entendrez répondre qu'eux ne sont pas du côté des momies et des tombeaux, eux sont du côté de la vie. La haine du génie et de l'excellence au nom de ce pseudo amour de la vie.
Alexandre Jardin qui préfère la vie à la déprime (illustré selon lui par la rentrée littéraire qui « donne envie de se flinguer ») démontre qu'il déteste la vie. Car aimer la vie, ce n'est pas fuir ce qui vous donnerait envie d'en finir, mais au contraire l'affronter. La gerbante puérilité d'un Jardin et de son époque est de vouloir « aimer la vie » sans guerre ni maladie ni deuil ni fiasco amoureux. Utopie infantile du fumeur qui rêve de fumer sans cancer, ou du boulimique mince, ou du libertin fidèle, ou du sportif sans suée. Rembrandt, Cervantès, Schubert, Schopenhauer se penchent, avec une âme sans contradiction, aussi sur la férocité de la vie, la vallée de larmes de l'histoire.
Peut-être bien que tout le monde n'aime pas le beau. On préfère le joli, chantage au primitif, à l'émotionnant, au vote citoyen. Guy Béart se fait rembarrer par Gainsbourg lors d'une émission de télé en 1986, mais au final c'est Guy qui mène au score.
Et ça ne peut choquer personne, parce que désormais il n'est plus coté d'affirmer une hiérarchie des arts, des goûts et des idées. Le goût est devenu l'expression individuelle d'affects. Le beau, c'est ce que je veux, quand je veux et où je veux, juste pour môa. Le post-moderne dépasse les codes, le crédo, la déontologie. Il ne se soucie pas de partage, c'est l'usage proprement idosyncrasique des choses, le triomphe du supra-individuel.
L'abominable « chacun ses goûts » fait qu'on ne peut plus communiquer, impossible de comparer.

Et vous, la cantonade, comment vous vous positionnez ?



Anciennes réponses sur le sujet :

Le 24/5/2012, par Emilie :

A l'image des dieux
Nos sens font jaillir
Les beautés du monde

Le 23/5/2012, par ZH :

Le beau est la représentation phénoménale d'un mouvement. N'est beau que ce qui peut nous émouvoir. Mais cela ne veut pas dire que ce qui nous émeut est forcément beau.
Le beau est une idée complexe, pratique et paradoxale. Complexe parce qu’elle répond d’éléments aussi divers que différents entre eux. Pratique parce qu’elle est la conséquence de ses éléments, et paradoxale car elle peut être animée de sentiment tout à fait contraire à sa représentation.

Le beau est une idée tout à fait intellectuelle, et donc une pure abstraction. Un effort de critique.
Le beau n’a d’autre réalité que la réflexion qui s’y rapporte.
Il n’est d’aucune valeur morale, et ne peut souffrir de jugement.

Nul en soi, le beau est une interprétation ; mais qui, et c’est cela le plus important, rend compte à l’homme de son état.
En d’autres termes, le beau est une prise de conscience qui fait l’homme de sa condition une idée concrète.

*

Le 29/4/2012, par Cachou :

Je vais recommencer alors .... (mais en plus court) !
Il me semble que le beau, en soi, n'existe pas.
Il n'est que dans le ressenti de celui qui reçoit. Ressenti lui-même issu d'une culture, d'une éducation, de références sociales, voire professionnelles, modifié par des rencontres, des lectures, des connaissances, ...
Parler de ce qu'on trouve beau, c'est parler de soi.
@ Paul : à noter que le "il fait beau" prononcé par le touriste n'aura pas le même sens pour le cultivateur dont la terre est assoiffée ....

Le 29/4/2012, par Cachou :

Mince alors, j'avais écrit tout un laius !!! Il est passé où ?

Le 20/4/2012, par cri :

Depuis avoir compris l'interpétation que donnait mon prof. de philo.au sujet de la notion de Beau, je suis d'accord avec lui.
Il existe le bon goût....par conséquent, le mauvais goût .

Le 18/4/2012, par luciole :

Il y a tant de façon de "mesurer" la beauté d'une oeuvre. A l'aune de sa qualité technique, à celle des sentiments qu'elle provoque en nous, du sens que nous lui donnons et de l'état où nous la recevons. Et les courants de goût varient selon les époques et les sociétés. Mais parfois, certaines oeuvres rayonnent d'une telle façon qu'on les pense universelles... ce qui reste à prouver.

Le 17/4/2012, par Paul :

En effet le sujet est vaste et complexe.
Une idée me vient Pourquoi dit-on : "Il fait beau!"
Que penser de cet angle d'attaque pour juger de la beauté. Lorsqu'il fait beau cela semble etre incontestable ... Le beau serait il donc peut etre autre chose que ce simple avis individuel . Hum ! pas vraiment de réponse là et pas sur que ce soit très clair . mais bon ...

Le 17/4/2012, par Serge :

"le beau c'est quand je veux où je veux et si ça me chante" cette affirmation est elle possible ? je pense aussi à la variabilité du beau: beau à cet instant laid à un autre. Le beau fixe existe t-il ?
à suivre...

Le 16/4/2012, par Catherine :

Alain, comment une question peut-elle être contestable? je trouve au contraire que parler de beauté est le meilleur départ qui soit, à moins que rester dans le laid ne soit de meilleur goût ... Mais je sens qu'on va me reprocher ma radicalité... Pascal, je partage ce qui tu dis...

Le 15/4/2012, par Henri :

C'est intéressant tout ce qu'il a été dit. Le beau qui vient de l'intérieur, corporel, très proche de sensations et qui se déploie, devient social, sert au partage, jusqu'au sentiment d'universel.

Le 15/4/2012, par Alain Henri Gangneux (mail) :

Je ne suis pas du coin mais en tant que cantonnier la question me paraît très contestable. La question ainsi posée est très scolaire non sans raison, peut-être parce qu'elle reste au niveau de l'envie. Avoir envie de parler de beauté est un très mauvais départ. Mais rien n'est jamais définitif. Il n'est pas impossible que l'envie se transforme en autre chose au fil du temps. C'est une question d'expérience réelle du corps à la frontière du beau.

Faisons confiance au hasard et bonne chance.
A.H. G.B.

Le 14/4/2012, par Pascal (mail) (www) :

« chacun ses goûts » fait qu'on ne peut plus communiquer, impossible de comparer : et c'est aussi ce contre quoi mon prof de lettres de terminale partait en guerre, affirmant haut et fort l'existence du bon (et donc du mauvais) goût, de la beauté et de la laideur (ou pour le moins de l'absence de beauté). Son exemple préféré était-il bien choisi ? Il nous parlait de la beauté, de l'élégance des voitures italiennes, comparées aux automobiles françaises franchement moches à ses yeux (à l'époque : fin des années soixante). Et il ajoutait toujours : les goûts et les couleurs, ça se discute ; il y a le beau et le moins beau. M'a-t-il influencé ? J'ai à peu près la même vision des choses.

Le 14/4/2012, par Nathalie :

Suis-je hors-sujet ?
Je pensais à l’art en effet, Henri, mais pas seulement : la beauté par exemple de la nature sauvage dont la puissance peut sinon me déplaire du moins m’effrayer parfois (la tempête, le volcan, l’animal fondant sur sa proie). Il y a sans doute aussi à réfléchir sur un rapport du « beau » avec le « vrai » mais je ne suis pas assez érudite ni philosophe.
Est beau pour moi ce qui provoque en moi ces sortes de modifications, de déplacements successifs que je tentais de dire brièvement et dont tu parles aussi (« ne pas rester sur ce sentiment »), qui ne réduisent absolument pas l’écart mais m’auront changée...

Le 14/4/2012, par Henri :

Nathalie, tu ne penses pas que ce que tu as décrit se rattache plutôt à l'art ? Tu as carrément employé le mot déplaire. Effectivement on peut accorder le mot art à une création qui nous aura heurté ou déplu, mais tant qu'on restera dans ce sentiment, je ne crois pas qu'on la dira belle.

Le 14/4/2012, par Nathalie :

Quelques idées en vrac d’une de la cantonade :
L’émotion de départ est peut-être la surprise. L’étonnement. Quelque chose d’inconnu, de nouveau, stoppe le bavardage ordinaire de ma pensée, de mon positionnement dans le monde familier. Fait irruption. Cela peut d’abord me heurter, me réveiller, me déplaire.
Puis cela fait trace, question, ou me trotte dans la tête. Je tourne autour je me renseigne (où ?qui ? quand ?). Cela m’apprend. La pensée se remet en route, elle fait des liens, et je réorganise le familier pour y inclure ce nouveau.
J’y retourne j’en veux encore je m’habitue, m’y attache, je commence à aimer. J’y pense souvent. Et pourtant, aussi souvent que j’y retourne, quelque chose reste neuf, inconnaissable, me résiste. Que je peux associer à toutes sortes « d’au-delà ».
Une altérité radicale et vaguement familière dont je cherche à me souvenir...

Le 11/4/2012, par CLAUDE (mail) (www) :

Ho la la, comme dit Catherine, c'est un sujet à manier avec des pincettes, une sorte de monstre du Loch Ness. Je repasserai plus tard, je n'ai pas les idées claires ce soir.

Le 10/4/2012, par brigitte (mail) (www) :

Le sujet est toujours le même: existe-t'il une beauté universelle ou doit -on tomber dans le banal J'Aime -J'Aime pas ?

Le 10/4/2012, par Catherine :

Voilà un sujet à manier avec des pincettes non? Et si le beau était ce que nous reconnaissons comme étant une partie vraie et profonde de ce que nous sommes? Mais cela voudrait dire que, au préalable, nous nous sommes lavés de toutes influences culturelles, religieuses. Et donc ouvert au monde et à ce que l'on voit en étant vierge de tout. Il y a probablement des instants de grâce où nous sommes en harmonie avec ce que nous voyons. En observant la nature, je ne peux que me dire que le beau n'est pas une notion subjective, qu'il y a des choses harmonieuses, équilibrées qui ne peuvent qu'être dites belles. Oui notre monde actuel n'aime pas les hiérarchies, il n'est pas politiquement correct de dire à l'autre qu'il a un goût de chiot, pourtant....Je crois que cette histoire d'influences culturelles et autres et à prendre en compte. Si durant toute votre vie, on vous a dit qu'une femme mince et une femme forcément belle, il va être difficile de savoir se sortir de cela. Je suis convaincue qu'avec un peu d'intelligence, beaucoup de sensibilité et de lucidité, nous pouvons apprendre à regarder avec des yeux neufs et donc constater que le mauvais goût n'est autre qu'une barrière entre soi et l'univers.Et surtout, que oui, il existe! (le mauvais goût). je reviendrai quand je serais réveillée, là, je viens de faire un laïus qui n'est pas beau du tout!!! ;-)))

Le 9/4/2012, par marc :

Toujours un plaisir de venir te lire, Henri. (si tu m’indiques le chemin) Le beau sans l’affect, sans la fonction, sans la filiation, sans l’apprentissage, sans la folie, sans la révolution, sans le regard, sans le désir de l’autre, sans le partage. Foutaises !
J’ai les peintures rupestres, Picasso, les ponts en général, la peau d’Emilie, un feu d’artifice, le concerto pour clarinette, la rosée sur une fleur d’iris….
On n’est pas beaucoup plus avancés, mais constituer ma liste m’a mis en joie. Et c’est ça qui est beau.

Henri
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